Fabius et Védrine s’étonnent des propos de Sarkozy sur la Syrie

9 août 2012 à 07:39          (Mis à jour: 15:08)

Laurent Fabius.

Laurent Fabius. (Photo Regis Duvignau. Reuter)

Le communiqué de l’ancien président a fait réagir mercredi le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, ainsi que l’ex-chef de la diplomatie Hubert Védrine. Aujourd’hui, Pierre Lellouche en remet une couche.

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius «attendrait autre chose de la part d’un ancien président» après les critiques implicites de Nicolas Sarkozy contre l’immobilisme supposé de François Hollande sur le dossier syrien, dans un entretien jeudi au Parisien/Aujourd’hui.

«Je suis étonné que M. Sarkozy souhaite susciter une polémique sur un sujet aussi grave, alors qu’on attendrait autre chose de la part d’un ancien président», déclare Laurent Fabius.

Alors que l’ex-président a rapproché les crises syrienne et libyenne, le chef de la diplomatie française estime que «sur le fond, la situation de la Syrie est très différente de celle de la Libye».

«D’abord, d’un point de vue géostratégique puisque la Syrie est entourée, comme chacun devrait le savoir, de l’Irak, du Liban (avec les conséquences sur Israël), de la Turquie et de la Jordanie», explique Laurent Fabius.

D’autre part, «les situations militaires ne sont pas du tout les mêmes : la Syrie dispose de stocks d’armes importants, notamment chimiques».

«Les différences sont si manifestes qu’aucun pays n’a demandé ni souhaité une intervention militaire, ce qui n’était pas le cas pour la Libye. Tout ceci fait que je suis en effet surpris qu’on puisse avoir exercé d’importantes responsabilités et livrer une analyse aussi rapide…», ajoute-t-il.

Le ministre des Affaires étrangères s’interroge sur les raisons de l’intervention de Nicolas Sarkozy dans le débat : «est-ce que c’est (…) pour ne pas se faire oublier ? Est-ce que c’est parce qu’il n’a pas que des bons souvenirs avec Bachar al-Assad qu’il avait, avec un sens de l’anticipation particulier, invité en France pour présider les cérémonies du 14 juillet 2008 ?»

Pour Laurent Fabius, «dans des circonstances aussi graves, il vaut mieux faire bloc avec la politique de son pays».

Védrine voit «surtout des différences»

Former French Minister for Foreign Affairs Hubert Vedrine attends the opening session of the 2nd World Policy Conference held in Marrakesh, October 31, 2009. The conference will be held from October 30 until November 1. REUTERS/Jean Blondin (MOROCCO POLITICS)De son côté, l’ancien ministre des Affaires étrangères socialiste Hubert Védrine a dit voir «surtout des différences» entre les situations libyenne et syrienne, jeudi sur France 2.

«Ce qui m’a frappé dans cette déclaration» de l’ex-chef de l’Etat, «c’est l’idée de l’analogie entre Libye et Syrie», a affirmé Hubert Védrine qui voit «surtout des différences entre les deux situations».

«Dans l’affaire libyenne, il y avait un appel à l’aide des insurgés de Benghazi, soutenu par le Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe, soutenu par la Ligue arabe». Celle-ci «avait demandé une intervention», ce qui fait «que pendant quelques jours, la Russie et la Chine avaient, au Conseil de sécurité, été ahuries et n’avaient pas osé mettre le veto».

«C’est pas du tout comparable» à la situation syrienne. «Aujourd’hui, on ne peut pas parler de communauté internationale puisque la Chine et la Russie, qui en font partie, sont opposés à cette intervention», a-t-il poursuivi.

«Si la France devait agir aujourd’hui, ce serait seule sans la Grande-Bretagne, seule sans résolution du Conseil de sécurité (de l’ONU, ndlr). C’est une question à poser à Nicolas Sarkozy : on se retrouverait dans la même situation que George Bush en Irak en 2003».

«D’autre part, n’oublions pas que si la France et la Grande-Bretagne ont été remarquables dans l’affaire libyenne, ce n’était pas du tout possible sans la logistique de l’Otan ou américaine», souligne-t-il.

«Vous ne pouvez pas transposer ça sur la situation syrienne», explique-t-il. En outre, «dans le cas libyen, les dirigeants arabes étaient, disons-le, assez contents d’être débarrassés de Kadhafi. Dans le cas syrien, presque aucun régime arabe ne soutient le régime syrien maintenant, mais ils ont tous peur de la suite et les minorités en Syrie sont inquiètes de la suite parce qu’elles pensent qu’un régime sunnite extrémiste potentiel pourrait être dangereux», a ajouté Hubert Védrine.

Lellouche s’aligne sur Védrine

France's Foreign Trade Junior Minister Pierre Lellouche leaves the Elysee Palace in Paris at the end of the weekly cabinet meeting April 18, 2012. REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: POLITICS HEADSHOT)L’ex-secrétaire d’Etat UMP Pierre Lellouche explique quant à lui voir de «grandes différences» entre les crises libyenne et syrienne, ajoutant espérer que l’initiative de Nicolas Sarkozy sur le dossier syrien était «coordonnée» avec le nouveau pouvoir socialiste.

Alors que mardi, l’ex-président s’est entretenu avec le chef de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, les deux hommes rapprochant le dossier syrien de la crise libyenne, Lellouche a relevé sur France Inter une «similitude» entre les deux situations parce que les deux pays sont soumis à «des révolutions». Mais «il y a surtout pour moi de grandes différences», a déclaré le député de Paris.

«En Libye – comme en Tunisie, comme en Egypte – on a affaire à des nations qui sont des nations arabes sunnites. En Syrie, on est un peu dans un scénario à l’irakienne où il y a une minorité, en l’occurrence alaouite, alliée aux chiites, qui dirige une majorité sunnite, en accord d’ailleurs avec d’autres minorités chrétienne, druze, kurde…», a-t-il détaillé.

L’autre «grande différence» c’est «le lien entre al-Assad et le régime iranien», a poursuivi Pierre Lellouche. «Je ne fais pas du tout partie de ceux qui disent qu’il n’y a qu’à intervenir, au contraire c’est très, très compliqué», a encore dit l’ancien secrétaire d’Etat, qui a cependant dénoncé «le silence assourdissant de la France».

«Les Etats-Unis sont ultra-présents, Hillary Clinton est dans la région du golfe, elle sera demain en Turquie, les Turcs sont en première ligne… et j’observe que la France est bien discrète sur le sujet», a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison de s’exprimer sur le dossier? «Je ne suis pas choqué par le fait qu’un ancien chef de l’Etat puisse, dans une démocratie, s’intéresser à une situation qui l’a occupé jusqu’à ses dernières semaines. J’espère que tout ça a été coordonné avec le nouveau pouvoir en place parce qu’il n’y a pas de place pour deux diplomaties françaises. Et que quand on est chef d’Etat, qu’on a été chef de l’Etat, on doit pouvoir se parler sur ces sujets-là», a encore dit Pierre Lellouche

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