Sarkozy, plus c’est gros, plus ça passe (Jean-François Couvrat, le 26/01/2010)

Plus c’est gros, plus ça passe. Suggérons cette devise à Nicolas Sarkozy, qui fut à la hauteur de sa réputation lundi soir sur TF1. Et commençons par les retraites, puisque ce sera, paraît-il, la grande affaire jusqu’à l’été.

« La seule chose que je n’accepterai pas, affirma le Président, c’est qu’on abaisse le niveau des pensions. Elles sont trop basses.» La promesse serait heureuse, si la baisse des pensions n’avait pas été organisée de longue date. En juillet 1993 précisément, par le gouvernement Balladur, dont Nicolas Sarkozy était ministre du Budget.

Cette réforme, opérée au cœur de l’été sans aucun débat national, n’a pas seulement allongé la durée des cotisations de 37,5 à 40 annuités. Elle a surtout sérieusement dégradé les pensions en changeant leurs méthodes de calcul. Résultat : de 1994 à 2010, le taux de remplacement du dernier salaire par la première pension du régime général a été réduit de 12 points, selon le premier rapport du Conseil d’orientation des retraites.

Le Chef de l’Etat s’en est pris une fois encore aux 35 heures. Un choix, dit-il, « catastrophique du point de vue des salaires et du point de vue de la croissance » ; un choix qui selon lui a aggravé le chômage. Or si l’on en croit les statistiques présentées dans les graphes ci-contre, la croissance française ne semble pas avoir réellement souffert des 35 heures, non plus d’ailleurs que l’emploi. Quant à la durée hebdomadaire du travail, les salariés français n’ont pas à rougir de la comparaison européenne.

Ne comptez pas sur Nicolas Sarkozy pour abroger le bouclier fiscal, puisque sa conviction est faite : «De tous les pays de l’OCDE, nous sommes celui qui paie le plus d’impôts. » Notons toutefois que le Danemark, la Suède, la Belgique et l’Italie dépassent la France à ce classement. Cela signifie, soit dit en passant, qu’aucune corrélation ne peut être établie entre le taux des prélèvements obligatoires et le taux de chômage, particulièrement bas au Danemark et en Suède.

Rendons justice à Nicolas Sarkozy : il n’a fait qu’acquiescer au propos de Jean-Pierre Pernault, affirmant, après tant d’autres : « Un jeune sur quatre est au chômage ». C’est heureusement beaucoup moins que cela, comme le rappelèrent des notes anciennes de ce blog. Mais les idées reçues ont la vie dure, surtout lorsqu’elles sont bien entretenues.

A ce propos, saluons l’artiste. Le Chef de l’Etat prétendit un jour qu’il voulait appliquer la règle des trois tiers aux profits des entreprises : un tiers pour l’investissement, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés. Déchiffrages informa ses lecteurs de l’incongruité d’une telle proposition : elle laminerait l’autofinancement des investissements au profit des salariés. Le directeur général de l’Insee le confirma bientôt. On croyait l’affaire enterrée. Eh bien non ! Nicolas Sarkozy « attaché à cette idée »,  est prêt à « passer par une loi si les partenaires sociaux ne se mettent pas d’accord ».

Cet acharnement inquiète.

 

Audacieux satisfecit de Sarkozy

Nicolas Sarkozy a fait dès hier l’éloge de son propre plan de relance. Un plan « sans erreur », dit-il, grâce auquel « la France aura la plus petite récession ». Le Chef de l’Etat a versé des larmes sur la « déflation » nippone et « l’effondrement » britannique, allant jusqu’à se lamenter sur « les ravages » de la crise aux Etats-Unis.

Cet élan compassionnel n’est cependant guère justifié.

L’activité économique américaine n’a guère à envier à celle de la France. Depuis la crise, les deux économies ont connu des évolutions presque parallèles. Une récession suivie d’une reprise. Notons que cette reprise est plus vive aux Etats-Unis qu’en France. En outre, l’économie américaine continue de bénéficier de son élan antérieur. De 2000 à 2007, sa croissance avait dépassé celle de la France de 4,8 points. Les « ravages » de la crise ont à peine entamé cet avantage américain.

Une observation similaire vaut pour la dette publique. En 2011, prévoit l’OCDE, celle-ci devrait atteindre environ 100% du PIB tant en France qu’aux Etats-Unis. Et la charge de la dette sera de même ampleur, si l’on en croit l’évolution attendue des taux d’intérêt à long terme.

Nicolas Sarkozy s’est chaudement félicité d’avoir donné la priorité à l’investissement. C’était, dit-il, « le seul choix possible ». Le problème est que la consommation de crise ne tire pas l’investissement, que seules les exportations soutiennent. On notera en tous cas le contraste entre les Etats-Unis et la France, selon les prévisions de l’OCDE. Aux Etats-Unis, pays de « ravages », l’investissement est promis à un redémarrage fulgurant dès l’été prochain. En France, pays de l’excellence, il s’inscrirait sur une pente douce – trop douce pour redonner du tonus à l’emploi.

C’est pourquoi l’évolution attendue du chômage ternit le satisfecit présidentiel. A examiner les prévisions de l’OCDE, on comprend l’empressement de Nicolas Sarkozy à glorifier dès à présent sa politique économique. Son discours sera beaucoup moins crédible en 2011. La France sera alors un des sept pays de l’OCDE – sur trente – à connaître un taux de chômage à deux chiffres, et toujours croissant. Tandis qu’aux Etats-Unis, le chômage diminuera déjà.

Dans très peu de temps, il deviendra difficile d’affirmer que « la France s’en sort mieux que les autres ». Le Président ne s’acharnera d’ailleurs pas à le prétendre. Bien au contraire. Sitôt passées les élections régionales, il y a fort à parier que la persistance du chômage et du déficit public deviendra l’argument clé des « indispensables réformes ». Entendez la diminution de la dépense publique, et pour être précis, des dépenses de la protection sociale. L’assurance chômage, l’assurance maladie et le niveau des retraites seront en première ligne.

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